L'alimentation des troupeaux peut-elle empêcher le boisement spontané des espaces ruraux dans les Alpes du Nord ? Organisation spatiale des pratiques fourragères et d'entretien mécanique des prairies permanentes dans la vallée d'Abondance (Haute-Savoie)

Can stock-farms restrict the afforestation processes in the rural spaces of the Northern Alps ? How farmers organize the fodder and maintenance practices of the semi-natural grasslands they use within the space of a valley (Abondance, Haute-Savoie, France).

Camacho, O.

Type de document
Thèse
Langue
Français
Affiliation de l'auteur
CEMAGREF GRENOBLE DTGR
Année
2004
Résumé / Abstract
Les espaces ruraux des Alpes du Nord n`ont cessé de se transformer depuis une cinquantaine d`années, sous l`effet des profondes mutations économiques, sociales et techniques de l`agriculture française. Nous avons choisi d`étudier un aspect de ces transformations : le boisement spontané des prairies permanentes. La vallée d`Abondance est représentative d`un paradoxe répandu dans les Alpes du Nord : une partie des prairies se boise alors même que des éleveurs encore nombreux les exploitent. Comment expliquer ce phénomène ? A l`échelle de la parcelle agricole, une sous-consommation répétée de l`herbe favorise la propagation des ligneux. Mais les pratiques fourragères sur une parcelle donnée sont liées dans le temps et dans l`espace par la nécessité de nourrir un troupeau. Etant donné que les ligneux se propagent à des endroits précis (versants, alpages) de l`espace rural et que les caractéristiques de ce dernier ont une influence sur les façons de l`utiliser, nous avons choisi d`étudier la gestion territoriale de l`alimentation sur un espace continu d`environ 6000 ha et dans un échantillon de 27 exploitations d`élevage utilisatrices de cet espace afin d`interpréter sa physionomie (localisation et état des prairies). L`organisation de l`espace présente-t-elle des traits dominants ? Un découpage de la vallée en grandes zones de même aptitude à la récolte de fourrages et une analyse des occupations et usages des parcelles avec un SIG montrent notamment que les éleveurs fauchent de préférence les espaces plats et font pâturer les terrains pentus et/ou d`altitude. Il faut tenir compte des besoins des troupeaux pour expliquer pourquoi certains fauchent des terrains en pente : ils sont en recherche d`autonomie fourragère et n`ont pas assez de terrains plats. A l`aide d`estimations d`offre et de besoins en fourrages, nous montrons que dans 23 exploitations, il existe de vastes surfaces sur lesquelles les animaux laissent de forts excédents d`herbe après la saison de pâturage. Ces excédents vont se répéter car les circuits de pâturage sont identiques d`une année sur l`autre. Ils sont la cause la plus vraisemblable de la propagation des ligneux dans la vallée. Nous sommes allés vérifier que les ligneux se propageaient effectivement dans un échantillon de parcelles pâturées (89 %). La rigidité des circuits de pâturage et le mode d`ingestion de l`herbe (libre sur de grandes surfaces) constituent en fait un mode de gestion du pâturage (hautement planifié mais non piloté), que nous qualifions de « cueillette ». Elle permet de gagner du temps pour d`autres tâches (fabrication fromagère, fauche, double activité) dans un contexte où la main d`oeuvre est le principal facteur limitant. L`excédent permet en effet aux animaux de s`ajuster aux aléas de la pousse de l`herbe dans les pâtures, au prix d`une transformation des prairies. Dans cette vallée, les pratiques fourragères ne peuvent pas empêcher la propagation des ligneux. Tout dépend donc des pratiques d`entretien des parcelles. Nous montrons que les éleveurs n`entretiennent pas tous leurs pâturages. Les arbitrages qu`ils font dépendent de déterminants que nous étudions à l`échelle de l`exploitation (âge des éleveurs, statut foncier des parcelles, relations de distance entre les éléments, etc.). Ces résultats nous permettent d`interpréter la physionomie de la vallée en fonction de la façon dont les éleveurs disposent leurs prés de fauche et leurs pâture et grâce à l`analyse de l`état des prairies. Nous contribuons ainsi à expliquer ce qui transforme un espace rural encore ouvert dans les Alpes du Nord.
In the Northern Alps, rural spaces have been transforming for the last fifty years. These changes can be linked with the deep economical, social and technical mutations that French agriculture has known. We chose to study an aspect of these transformations : the natural afforestation of semi-natural grasslands. The valley of Abondance symbolizes a frequent paradox in the Northern Alps : shrubs populations are progressing within a lot of grasslands while farmers still use them as pastures. Theoretically, such a use may prevent the phenomenon. How explain that it does not ? At the parcel scale, an agro-ecological model shows that a repeated low rate of grass consumption favours shrubs settlement and spread into grasslands. This low consumption is a consequence of grazing practices. At the farming system scale, grazing practices are linked in time and space by the necessity of feeding a herd. Given that the characteristics of space influence the way farmers use it, we have chosen to study the spatial management of herd food within a sample of 27 farms. Their territory are included in a 6000 ha continuous area. We first sliced up the continuous area into seven great zones having the same abilities to forage harvesting (by mowing or grazing) with a GIS. Then we studied the uses of parcels inside each zone in order to reveal great features of the spatial organization. We shown that farmers mow preferentially flat surfaces and make pastures in their steep or higher parcels. One cannot understand why some farmers mow steep grasslands without taking account of their hay stocks : they are looking for a fodder autonomy but they do not have enough flat parcels to harvest the whole hay. An estimation of grasslands production (dry matter) and herd needs for food shown that in each farm, an important part of grasslands were under-grazed. These important grass excesses must repeat each year because the spatial organization of grazing does not change : the animals always go in the same parcels at the same periods. These excesses can explain why shrubs progress into grasslands and we observed this afforestation process within a sample of pastures. Do farmers have an interest in creating such excesses ? The pasture season is highly planned and animals make their own diets without any control from farmers within huge parcels (free grazing). We have called this form of management picking. This is a solution found to save time because labour is a real limiting factor for production in mountain farms. In such an organization, the advantage of low grazing is to make a security against grass growth fluctuations. Animals have always enough to eat. Nevertheless, the cost is a progressive loss of agronomic resources by afforestation. In this valley, grazing practices won`t restrict the afforestation processes. As a consequence, farmers have to maintain the vegetation with other means (mechanical for example). We studied the maintenance practices and shown that farmers rarely maintained their whole pastures. Their choices depend on determinants we studied at the farming system scale (age of farmers, ownership status of parcels, distances between parcels~). As a conclusion, we made an interpretation of the landscape aspect, knowing how farmers set the hey grasslands and pastures and how they manage their vegetation.
Diplôme
Doctorat Agronomie, Institut National Agronomique Paris-Grignon

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